Voyage au Brésil 22 : Les médias

midia-brasil-2013Depuis un mois que nous sommes là, François et Vi n’ont jamais ouvert leur télé. Les rares fois où nous l’avons fait ce n’était que pour y voir des inepties. Par ailleurs, Vi est abonnée à une revue hebdomadaire qui nous semble bien « décortiquer » les nouvelles. Curieux que nous sommes -vous commencez à nous connaître-, nous avons voulu en savoir plus sur les médias.

Julian Assange, le fondateur de Wikileaks, dit que l’un des principaux problèmes en Amérique Latine est la concentration des médias. “Au Brésil, six familles contrôlent 70% de l’information”
Et il parlait, là des médias traditionnels. Ils jouent un rôle politique très important, mais pas forcément dans la recherche de la vérité. Les récentes émeutes contre la vie chère et la corruption (1 million de manifestants, en juin drenier, dans 80 grandes villes brésiliennes et en particulier à São Paulo), ont conspué les grands groupes médiatiques à cause des informations erronées, manipulatrices et déformatrices qu’ils donnent.
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Un seul media avait fait beaucoup parler de lui : El Globo. Il représente 80% de ce qui est lu, vu ou écouté au Brésil. C’est un véritable empire familial, un des plus puissant du monde, qui comprend journaux, radios, télévisions avec toutes les structures annexes (comme par exemple des studios qui créent 80 % des films télé-réalités du pays).
Son histoire est en grande partie liée à la période de la dictature militaire des années 1964-1985 où la désinformation était reine. Il se mettra à son service et bénéficiera ainsi des largesses du régime. C’est le début d’une alliance qui donnera rapidement aux Organisations Globo un quasi-monopole de l’information.

des-milliers-de-manifestants-le-20-juin-2013-a-brazilia_2476256 Cette à cette époque qu’une presse alternative avait émergé pour contrebalancer ces groupes manipulateurs et plus enclins à protéger leurs intérêts qu’à rechercher et divulguer la vérité des personnes et des événements. Parmi les opposants au régime militaire on trouvait des organismes syndicaux, communautaires, religieux ou des petits partis politiques. Ces expériences de radios communautaires ont constitué des outils de lutte contre la pauvreté et l’injustice sociale. On peut nommer parmi elles, celle des paysans sans terre.

Les temps changent. Aujourd’hui, des collectifs de « journalistes-citoyens » se créent. Ce sont de petites équipes mobiles avec peu de moyens, mais au cœur des réalités, qui proposent des couvertures d’événements impartiales et justes.

Aujourd’hui, ils se proclament « contre-pouvoir » face à la grande majorité des journaux, des radios et des chaînes de télévision qui appartiennent aux groupes industriels ou financiers intimement liés au pouvoir. Ils tentent de contrecarrer les médias installés en proposant leurs propres lectures des événements. Face au manque de crédibilité des médias traditionnels, accusés de manipuler l’information, ce sont eux qui ont permis de faire connaître l’ampleur du mécontentement des Brésiliens à partir des manifestations de juin dernier. Par exemple, ces Ninjas (acronyme qui en portugais signifie « Narrations indépendantes, journalisme et action » ) travaillent sur tout le pays, et non sur le seul axe Rio-Sao Paulo, dans 100 maisons sur tout le territoire, et comptent 2 000 collaborateurs.
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Grâce à ces « indignés », ces derniers mois, le Brésil a vu surgir une multitude d’images de lui-même auxquelles il n’était pas habitué. C’est une expérience tellement étrange et difficile, que les politiques, les mouvements sociaux et les canaux de représentation traditionnels, presse, radio et TV, sont contraints à se repenser.

N’est ce pas extraordinaire que, pour la majorité des Brésiliens, la Coupe du Monde ne soit plus une priorité, ayant pris conscience des besoins de la population, mais aussi de sa capacité à se faire entendre ? Que ce pays, fana de foot, en arrive à considérer que le football soit secondaire, et que les avancées sociales doivent prévaloir, est extraordinaire. Bien sûr, cela n’empêchera pas l’engouement le moment venu, mais germe dorénavant une nouvelle capacité de penser et de réagir qui ne demande qu’a grandir.

Et les temps changent rapidement : cette maturation se fera surtout par un nouveau media dont on ne mesure pas encore l’importance : Internet ! Cet outil peut nous interroger (surveillance, vie privée, arme de pouvoir et de manipulation… ). Tout notre quotidien se décide sur internet : systèmes de téléphonie, banques et transactions. Même la vie privée des gens s’y étale : pensées les plus intimes, conversations privées entre mari et femme, même notre localisation géographique. « Tout est exposé sur internet. Cela signifie que les groupes qui agissent dans la surveillance des masses s’approprient une énorme connaissance. Cela est le plus grand vol de l’histoire. » .
Brésil trafic humain internetMais les atouts d’Internet peuvent contrebalancer ces risques : accès à la connaissance, immédiateté de l’information, mise en réseau des individus, dénonciation des malversations, construction d’un monde et d’en environnement plus juste et fraternel : tout une toile, un réseau de solidarités nouvelles se tissent ainsi …

Ces manifestations de juin au Brésil, tout comme les flash-mobs en France ou ailleurs, se sont déroulées en un temps record. Grâce aux réseaux sociaux, des dizaines de milliers de personnes se mobilisent pour faire une manifestation imprévisible !
L’organisation de la Coupe de la Confédération, répétition un an à l’avance de la Coupe du Monde de football, a joué l’effet de révélateur : tout d’un coup, les Brésiliens prennent conscience que plus de 11 milliards d’euros sont engagés par le gouvernement pour financer le Mondial, alors que les services publics comme le transport, la santé et l’éducation sont en souffrance.
Les manifestants sont pour la plupart des jeunes de l’ère Internet, qui bien souvent ont plus confiance dans ce qu’ils trouvent sur les réseaux sociaux que dans les médias traditionnels. Comme le disait un jeune étudiant manifestant : « les médias ne peuvent plus bâillonner le peuple ». La suspicion est désormais là.
Facebook, Twitter, Youtube ou Instagram ont été les grands alliés des protestataires. Les convocations aux défilés se font par ces sites, où des milliers de personnes commentent, soutiennent, critiquent, téléchargent des photos et partagent des informations. 

( De même, nous recevons par mail aujourd’hui le « résultat » d’une pétition que nous avions signée contre Mattel
(voir ici), créateur de la poupée Barbie : des centaines de milliers de personnes se sont mobilisées pour des conditions de travail décentes pour les chinois exploités dans la confection de la poupée. Mattel vient de prendre des engagements concrets pour que le sort des ouvriers et des ouvrières s’améliore au plus vite !
Ainsi, grâce aux pétitions internet d’Avaaz ou Change.org on peut faire plier des multinationales.
Une simple signature, apparemment anodine, sur internet, peut changer le cours des choses … et du monde : Nous le savons, les difficultés économiques touchent beaucoup de Français. Les causes de la pauvreté, en France comme en Chine, sont liées : ce sont les dérives d’une mondialisation dérégulée. En défendant les droits des travailleuses et travailleurs en Chine, au Cambodge ou encore au Bangladesh, ce sont les droits de toutes et tous que nous défendons. En refusant les salaires de misère offerts par les multinationales dans les pays pauvres, on agit aussi contre le dumping social et le chantage aux délocalisations.)
Internet devient et est aujourd’hui le fondement de la société.

Reste pour chacun de nous à « bien » utiliser cet outil internet… et à apprendre à penser.
tout-le-monde-finit-par-penser-comme-tout-le-mondeNous regardions hier soir un film sur Hanna Arendt qui s’interrogeait sur la banalité du mal face au totalitarisme nazi. Elle affirmait que l’antidote à cette banalité est l’exercice de la pensée. Le fait pour elle d’aider les gens à penser, est le rempart contre la barbarie et contre tout totalitarisme.
Or, les médias peuvent en être un, et bien insidieux !
Pour elle, en l’absence de tout examen critique, le risque est de s’attacher à la possession formelle de règles et de s’habituer à obéir à un système normatif quel qu’il soit, dont le contenu peut être modifié substantiellement sans susciter de réaction ou de protestation.
D’où la nécessité de prendre du recul pour comprendre, partager ses idées avec d’autres, sortir de la confusion, des amalgames et des idées toutes faites, faire confiance à ce qui naît, accepter la pluralité… N’est ce pas ce à quoi nous invitent les jeunes indignés d’aujourd’hui ?
Mais avec, en nous, cette interrogation que portait Arendt : Comment aider les gens à penser par eux-mêmes ? …Le poids des habitudes, des conformismes, de la routine banale quotidienne, mais aussi parfois, des souffrances personnelles, est si pesant ! … Et on ne peut le faire à leur place ! Et que dire lorsqu’on est en survie matérielle, comme on le découvre ici ? A-t-on le temps et les moyens de penser librement ?

A noter qu’en France nous retrouvons ces mêmes enjeux. Aujourd’hui, les « chiens de garde » des pouvoirs en place sont journalistes, éditorialistes, experts médiatiques, ouvertement devenus porteurs de la bonne parole du marché et du pouvoir en place et gardiens de l’ordre social.
Si vous avez le temps,
visionnez ce film instructif sur la façon dont nous sommes manipulés en France… Manière d’apprendre à penser autrement… !

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